Je descendais du minuscule avion. Après une
vingtaine d’heures dans les airs, toucher la terre ferme faisait du
bien. Là-bas, les gens semblaient différents de chez nous… Ils se
promenaient pieds nus, et étaient vêtus assez légèrement !
Des percussions
parvenaient jusqu’à mes oreilles, cela me donnait l’impression qu’une
fête ou un culte était sur le point d’être célébré. Un homme tira sur
la manche de ma veste, ce qui me fit sortir brusquement de mes rêves.
Il me conduisit jusqu’à la case dans laquelle j’allais habiter le temps
de ma petite enquête journalistique. Ma maison temporaire était
étonnamment grande, en tout cas plus que je ne me l’imaginais. Je
disposais d’un grand lit de paille, ce qui était du luxe pour les
Hawaïens, d’une petite salle de bain sans eau courante, je devrais donc
aller chercher de l’eau dans le puits du village, et enfin, une jolie
petite cuisine avec tout le nécessaire… En tant que bonne journaliste,
je m’adaptais à n’importe quel endroit, je me sentais même à l’aise sur
cette île.
Une fois installée,
j’allais me promener pour tâter le terrain et ainsi mieux répondre aux
questions que se posaient les français sur Hawaï. J’allais flâner non
loin du cratère du volcan Mauna. Je m’approchais de ce puits de lave,
et petit à petit des voix, pas celles d’adultes matures, mais plutôt
d’enfants assez jeunes se firent entendre. Ici, la chaleur commençait à
se faire ressentir, mais la curiosité m’incita à aller vers ces chants.
Ils étaient mélodieux, très agréables à l’écoute, je vis enfin qui en
étaient les auteurs. Certains bambins dansaient autour d’un feu en
chantant, tandis que d’autres fabriquaient quelque chose… Sur le sol
était disposé des dents, du bois, des plumes et diverses choses. La
forme de leur œuvre me fit sourire, c’était une sorte de statuette pour
les cultes rendus aux dieux, je me demandais lequel pouvait représenter
cette gravure. Je m’assis derrière un bosquet pour admirer ces jeunes
enfants, leur permettant ainsi de ne pas les déranger. Cette divinité
prenait rapidement forme, elle disposait à présent d’un immense sourire
plein de dents et de grands yeux nacrés, un était légèrement plus bas
que l’autre, cela donnait un genre enfantin à cette effigie. Je me
sentais heureuse d’avoir pu assister à la création de quelque chose
d’aussi magique.
Au
bout d'un moment, cette magie ne devint plus qu'une expression
caractérisant l’instant, car devant nos regards ébahis et contre toute
attente, une lumière d'un bleu intense et que je ne revis jamais depuis
jaillit de la poupée. Elle nous captivait, j’avais l’impression qu’elle
allait nous engloutir et qu’on atterrirait dans un lieu inimaginable.
Je m’attendais à tout ! La terre commença à trembler, j’essayais de
garder mon calme… Un vent très puissant commença à naître… Un
filet de fumée surgit du volcan, dès lors, je pris peur… Allait-il
entrer en éruption ? Des milliers de questions me vinrent soudain à
l’esprit. Mais cette curiosité me disait de rester là, de ne pas rater
le moindre événement ! Donc je restais, tentant d’être aussi sereine
que possible, ce qui était extrêmement dur vu les circonstances. Cette fumée, telle un nuage volcanique se
transforma en une sublime déesse, vêtue d’une toge bleutée qui brillait
de mille feux ! Brusquement, le silence total revint, je n’osais point
respirer ! Les enfants décolèrent du sol et se mirent à tournoyer
autour de cette beauté protectrice de leur peuple. Une musique très
rythmée débuta, et la voix charmeuse de la divinité chanta un poème
d’une telle beauté que le souffle m’en fut coupé ! Et je ne sais par
quel miracle, mais le cratère devint telle une formidable forêt très
fleurie qui sentait merveilleusement bon, de plus, les oiseaux
sifflotaient de tous les côtés ! Le paradis était sur terre…
Ensuite
le trou noir, je ne me souvins plus de rien, à par de l’arrivée de
personnes affolées se ruant sur moi, et hurlant. Je compris enfin,
quand je me réveillai dans la case du chef de la tribu que la déesse
s’était rendue compte de mon intrusion et m’avait attaqué ! Alors, je
fus rapatriée en France, dès que cela fut possible. À l’hôpital, je
racontais mon aventure à qui voulais l’entendre, mais rapidement les
gens disaient que j’avais une araignée au plafond. Le directeur en
psychiatrie vint me voir, il me demanda comment c’était passé mon
séjour donc je lui racontai, quelques jours plus tard, j’étais
transférée dans un hôpital psychiatrique. Et mon article ne fut jamais
publié... |